samedi 27 mai 2017

Du côté des ventes aux enchères


Lot 119
GIDE (André). (1869-1951).
9 L.S. dont 2 avec post-scriptum ou addition autographes, Cuverville-en-Caux et Paris 1927-1929 et 1948, à Marcel Thiébaut ; 9 pages in-4 ou in-8.
18 juillet 1927. Sur la proposition de donner dans la Revue de Paris une partie de sa relation de voyage [Voyage au Congo].
« Mais, outre que j’aurais quelque vergogne à me présenter pour la première fois à vos lecteurs dans une tenue (de style) aussi négligée, j’aurais, de mon côté une autre proposition à vous faire »… Il s’enquiert aussi d’une étude sur lui-même dont Thibaudet lui a parlé… 7 février 1928. Thiébaut n’a pas reçu le texte de sa conférence puisqu’elle n’a pas été prononcée. « J’étais parti à Berlin avec l’espoir de pouvoir achever de la préparer. L’excessive amabilité des berlinois ne m’en a pas laissé le loisir »… 31 octobre 1928. Invitation à venir dans son nouveau domicile, 1 bis, rue Vaneau… 13 novembre 1928. Il lui confie son École des femmes, et un roman d’un ancien camarade de classe, « grand voyageur et colon australien. Nous avons publié dans le temps à la Nouvelle Revue Française une nouvelle de lui : Le Charretier, de la qualité la plus rare, – à la suite de quoi le directeur des Marges écrivit à Wenz aussitôt pour tâcher de nous le souffler. Grand ami de Jack London, Paul Wenz a traduit L’Amour de la vie. Trop nomade et aventurier lui-même pour avoir acquis beaucoup de métier ; de là tout à la fois ses qualités presque extra-littéraires et ses maladresses »… 2 janvier 1929. Il souhaite le consulter sur les épreuves de L’École des femmes, qu’il a corrigées, et sur l’édition américaine dans le Forum… 7 janvier 1929. Envoi d’une coupure d’épreuve avec une modification à communiquer à l’imprimeur… 26 janvier 1929 : « Heureux de savoir que ma photographie vous a fait plaisir ; j’aurais voulu pouvoir vous en envoyer une meilleure »… 26 avril 1929, remerciant pour le paiement des droits de L’École des femmes, et espérant le revoir à la seconde décade de Pontigny… 17 juin 1948. « Les pages que j’écrivais sur Alexis Léger (sans cesse distrait, je n’ai pu encore achever ce petit travail) étaient destinées, en principe, à un numéro d’hommages pour l’auteur d’Anabase, que se proposait de faire paraître […] la revue Fontaine », à côté d’autres articles sur l’œuvre de Léger, « ce qui me permettait, me référant à ces articles, de ne point parler de cette œuvre, mais presque exclusivement de la personne et du behavior si particulier de Léger que j’ai beaucoup connu durant les premiers temps de sa vie à Paris – au sujet de quoi j’avais plaisir à rapporter quelques anecdotes très significatives. Il me semble bien difficile de faire paraître ces pages sans marquer d’autre part mon admiration pour le poète, mais sans doute une refonte de ce que j’écrivais ces jours derniers »…





Lot 215
Laure Albin Guillot (1879-1962)
André Gide, 1946.
Épreuve argentique d’époque. Signature de la photographe en bas à droite.
18,2 x 13,4 cm avec marges



Un Thésée pour une sorcière

Le site edition-originale.com propose deux exemplaires du très beau Thésée dans son édition originale de 1946. L'une est accompagnée d'un envoi de Gide à Gaétan Picon, un proche de Malraux alors professeur de littérature et auteur de chroniques dans plusieurs revues.

L'autre est, selon le vendeur, adressée par Gide "à mes vieux amis Jeanne et Pierre Blancharay"... Ces "vieux amis", associés à un nom inconnu, ne manquent pas de piquer la curiosité. On rectifie donc assez rapidement l'orthographe en zoomant sur l'image et en déchiffrant l'écriture de Gide : le livre est adressé à Jeanne et Pierre Blanchenay. L'autre nom de Jeanne Mühlfeld, comme nous l'apprenait Claude Mauriac, dans Qui peut le dire ? (L'Âge d'homme, 1985), recueil de ses chroniques parues en 82-84 dans La Tribune de Genève. Mme Mühlfeld, aussi surnommé "la Sorcière" par Valéry et souvent ainsi désignée dans la correspondance de Gide avec ses amis qui fréquentaient son salon de la rue Georges-Ville :

"Une sorcière à Passy

Achevé d’imprimer à Neuchâtel chez Paul Attinger, le 2 février 1955, Visages de mon temps (Éditions Ides et Calendes ) est signé d’un nom peu connu : Jeanne Blanchenay. Cent exemplaires sur chine en furent tirés, dont le n° 20 pour mon père.

Ce nom, Blanchenay, était celui du second mari de Mme Mühlfeld, plus connu grâce au salon littéraire que tenait cette dame, chez elle. Elle se déplaçait avec difficulté, si bien que...

"... demeurée seule, sans grande fortune, n’ayant plus ni chevaux ni voiture, marchant assez difficilement et détestant les transports en commun, je décidai de ne plus jamais sortir qu’à de rares occasions. Quelques intimes, toujours parfaits pour moi, et qui étaient mes voisins, vinrent me voir presque tous les soirs..."

Et, parmi eux, dans sa jeune gloire d’alors, Paul Valéry, qui habitait la rue de Villejust (elle porte aujourd’hui son nom), Mme Mühlfeld ayant à côté son appartement, rue Georges-Ville.

Sûr de la trouver chez elle, Valéry allait donc en fin de journée voir Mme Mühlfeld chez qui se rendait chaque soir pour y entendre Paul Valéry quelques jeunes écrivains fervents. Dont, de la proche rue de la Pompe, François Mauriac.

- Je vais chez la Sorcière... 

Ainsi appelait-on Mme Mühlfeld qui rappelle elle-même dans ses Mémoires ce vers de Paul Valéry dans un poème à elle dédié : 

Et la sorcière rose, au cœur de son nid jaune... 

Cette Sorcière si souvent évoquée fascinait l’enfant que j’étais. Il me paraissait naturel que ma mère n’accompagnât pas mon père dans cet antre. La Sorcière n’aimait point la concurrence féminine et ne recevait les dames que le dimanche. Seul m’a fait rêver autant que cette créature au nom maléfique, le Bœuf que mon père, accompagné cette fois de maman, allait voir, la nuit, sur un toit. 

Ces Visages de mon temps nous font rencontrer bien des écrivains, de Barbey d’Aurevilly à Jean Cocteau, de Jules Renard à Anna de Noailles, de Robert de Montesquiou à André Gide. Et, naturellement, mais plus courtement que je ne m’y étais attendu, François Mauriac."


jeudi 11 mai 2017

Gide inspire les lycéens de Draguignan


Les lycéens ont rendez-vous ce week-end au Lavandou pour les 4e Journées Catherine Gide consacrées aux Faux-monnayeurs, roman et journal de Gide au programme du baccalauréat.

Cette œuvre foisonnante a inspiré les élèves de terminale L1 et L/ES du lycée Jean Moulin à Draguignan, qui ont écrit plusieurs textes fort intéressants à partir des thèmes et personnages gidiens :

dimanche 2 avril 2017

Les Faux-monnayeurs au Lavandou




Les 4e Journées Catherine Gide organisées les 13 et 14 mai prochains au Lavandou exploreront Les Faux-monnayeurs, en conviant tout particulièrement les lycéens qui se penchent cette année sur ce livre inscrit au programme du baccalauréat au côté du Journal des Faux-monnayeurs. Plusieurs interventions de spécialistes d'André Gide promettent de se mettre à leur niveau pour les aider dans la compréhension de ce foisonnement narratif, seul "roman" au sens où Gide entendait cette composition en faisceaux.

Samedi 13 mai
 
9h00 Accueil des participants aux conférences-débats et présentation du programme (interventions
limitées à 20' pour laisser place aux questions et réflexions du public et des lycéens)
9h30 Pierre Masson : Gide avant le Journal des Faux-monnayeurs : données biographiques et problèmes induits
10h00 Christine Ligier : La marche vers le roman : à partir des Cahiers d’André Walter, pratique et réflexion de la forme narrative avec le roman comme horizon
11h00 David Walker : Dimension morale et roman d'apprentissage
11h30 Pierre Masson : Les Faux-monnayeurs, roman symbolique
14h00 Interventions d’élèves de Terminales Littéraires
14h30 David Walker : Les Faux-monnayeurs comme critique du roman
15h00 Christine Ligier : Le Journal des Faux-monnayeurs, construction d'une pratique romanesque
15h30 Suzanne Joncheray : L'image des Faux-monnayeurs dans les manuels scolaires
16h00 Débat - bilan de cette première journée
16h30 Projection du film d’Ambre Fuentes, Après le livre. Une enquête sur André Gide - 1h27

Dimanche 14 mai
 
9h00 Klaus Weber : Trois temps de lecture des Faux-monnayeurs, 1964, 1989 et 2016
9h30 Maryvonne de Saint Pulgent : Les Treilles, Gide et la musique
10h00 Jean-Pierre Prévost : Présentation du jeu de société, le "Jeu des Faux-monnayeurs"
10h30 Visite de la "Villa Théo" à Saint-Clair, ancienne maison du peintre Van Rysselberghe et futur centre d’art du Lavandou en phase d’achèvement.



Réhabiliter Maria Van Rysselberghe


Jacques Roussillat, Maria Van Rysselberghe, la petite Dame d'André Gide, 
Editions Pierre-Guillaume de Roux, Paris, 2017
270 p., 24,50€, ISBN 978-2-36371-180-9


Après l'édition de la Correspondance André Gide-Maria Van Rysselberghe l'an dernier (Cahiers de la NRF, Gallimard), voici un petit livre qui contribuera très probablement à rendre à "la Petite Dame" la part de lumière qu'elle mérite. C'est d'ailleurs l'objectif avoué de son auteur, Jacques Roussillat, membre fidèle de l'Association des Amis d'André Gide : réhabiliter l'écrivain et la figure de la vie littéraire parisienne.

La vie de Maria Van Rysselberghe a un "avant" et un "après" Gide. Avant, on ne sait d'elle et de sa mystérieuse famille belge quasiment rien. Par exemple, sur sa mère : comment la veuve d'un cadre des chemins de fer devient-elle patronne d'une des plus grandes maisons d'édition belges, qui réalise tout à la fois l'annuaire royal et les revues de l'avant-garde artistique ? Ou sur son prénom : quel événement intime lui fait renoncer à Marie pour devenir Maria ?

Monnom. Mon nom. La question du nom sera importante chez Maria. Comme sa mère, la Veuve Monnom, déjà désignée en référence à un homme, c'est en tant que "Petite Dame" d'André Gide qu'elle sera connue. Et cela va durer, se répéter. Ainsi plusieurs pseudonymes l'accompagnent : M. Saint-Clair, pour ses articles dans la NRF, Philomène, son deuxième prénom, dans ses échanges avec Schlumberger, Petite Dame avec Gide et ses proches, Mamie Tit en famille...

Sur cette jeunesse et ces débuts en Belgique, Jacques Roussillat n'apporte pas d'éclaircissements, mais il réussit à décrire le bouillonnement artistique de l'époque. "L'atmosphère de serre chaude", pour reprendre une expression gidienne, dans laquelle Maria éclot à la peinture, à la littérature, aux combats sociaux et à l'amour. Le mariage avec le peintre Théo Van Rysselberghe et la passion avec Emile Verhaeren "préparent" à leur façon la rencontre avec Gide.

A partir de 1918, le risque était grand de voir le livre devenir une paraphrase des Notes pour l'histoire authentique d'André Gide. Jacques Roussillat évite cet écueil en se concentrant sur quelques clés temporelles de compréhension du personnage réel de Maria Van Rysselberghe, longtemps réduite au "petit Eckermann". A commencer par les éditions Gallimard qui escamotent totalement des couvertures des Cahiers de la Petite Dame le nom de leur auteur...

"Confidences à Autheuil", "Années de guerre" ou "Le Vaneau" forment des chapitres courts qui maintiennent l'intérêt du lecteur dans ces réseaux complexes, tant littéraires qu'intimes et familiaux, réseaux complexes que Gide affectionnait, et qu'il a pu entretenir, d'ailleurs, grâce à l'aide matérielle, organisationnelle, osons ce mot barbare, de la Petite Dame. Et si, sur le plan familial, Gide a pu donner libre court à sa volonté d'inventer une nouvelle forme de famille, c'est aussi grâce à la complicité de Maria.

Mais ne tombons pas une nouvelle fois dans la réduction à la part gidienne de la Petite Dame. En contribuant à faire mieux connaître cette personnalité forte, libre, passionnée, le livre de Jacques Roussillat fera aussi très probablement découvrir l'écrivain. Il faut en effet (re)lire Il y a quarante ans pour en apprécier l'atmosphère compressée, ou les portraits vifs de la Galerie Privée, ou bien sûr les Cahiers de la Petite Dame pour, derrière la chronique gidienne, mesurer tout l'art du chroniqueur qui sait écouter, voir et peindre avec ses mots.


dimanche 19 mars 2017

BAAG 193/194



Le Bulletin des Amis d'André Gide numéro 193/194 vient de paraître. Il s'ouvre par trois études :

- Et nunc manet in te ou L'hommage dérouté, de Christine Ligier
- Gide et Proust face à la Grande Guerre, de Pascal Ifri
- L'Avenir de l'Europe (1923) d'André Gide ou la pensée européenne d'un moraliste moderne dans le contexte intellectuel de l'entre-deux-guerres, de Christophe Duboile

Un ensemble de lettres retrouvées et contextualisées donnent le sous-titre de ce BAAG : Lettres inédites :


- Heurts et malheurs de Saül, de Jean Claude (lettres retrouvées de Thea Sternheim et Martin Mörike à Gide qui complètent la Correspondance Gide-Sternheim éditée par Claude Foucart en 1986)
- Une lettre inédite de Léon Blum à André Gide, de Pierre Lachasse (qui fait justement dire à ce dernier que l'édition de correspondances est "une espèce singulière de work in progress" !)
- Lettres inédites, par Alain Goulet, offre un tutti-frutti de sujets : lettres de Gide au peintre Henry Lerolle et à sa femme ; tentative d'explication d'une rencontre manquée entre Gide et Nathalie Sarraute (à rapprocher des propos de Sarraute en 1969) ; lettre inédite d'Henri Ghéon à Maurice Denis ; lettre de Gide à Nicolas Beauduin.

On retrouvera enfin le carnet critique, la chronique bibliographique et les informations diverses de Gidiana.

A noter que le BAAG est désormais disponible en version numérique. Plus d'informations sur la page consacrée à l'Association des Amis d'André Gide.

vendredi 3 mars 2017

André Gide et le théâtre, un parcours à re-tracer


COLLOQUE INTERDISCIPLINAIRE

André Gide et le théâtre
Un parcours à re-tracer

7-9 décembre 2017

Maison d’Espagne, Cité universitaire, Paris
(7 et 8 décembre)

BnF, site Richelieu (9 décembre)

Appel à communication

Quand Copeau a monté Saül, j’avais des idées de théâtre. Je voulais écrire plusieurs pièces. Mais l’insuccès fut si net, si complet, si effarant, que je n’insistai pas. Si Saül avait réussi, qui sait ! je ne me serais peut-être plus occupé que de théâtre. (André Gide)

Situation

Alors que le théâtre accompagne la totalité du parcours d’écrivain d’André Gide et que ses tentatives et ses réussites emplissent copieusement sa correspondance, ses notes personnelles et de nombreuses pages de sa biographe d’exception – Maria Van Rysselberghe –, la plus grande part de sa production dramatique reste méconnue et peu étudiée. Depuis presque trois quarts de siècle, deux moments demeurent fondamentaux pour la compréhension de son apport au théâtre. Tout d’abord, les huit tomes du Théâtre complet publiés entre 1947 et 1949, qui constituent un objet précieux pour les chercheurs. Le projet – voulu par Richard Heyd et accepté avec enthousiasme par Gide – a obligé l’auteur à réunir sa production dramatique et à la considérer comme un ensemble autonome. Cette édition définitive et testamentaire du théâtre de Gide permet, entre autres, de révéler l’écart significatif avec les premières éditions de ses pièces qui correspondent forcément aux différentes époques auxquelles elles ont été produites. La deuxième opération éditoriale, qui touche l’exégèse du travail de Gide au théâtre, est l’étude de Jean Claude, parue en 1992. Cette réflexion a occupé une place restée vacante depuis trop longtemps. De plus, elle a montré la voie à de nouvelles études.

Vous avez dit théâtre ?

Les nombreuses initiatives scientifiques organisées par les Universités de Nantes, de Lorraine et de Haute-Alsace, la Fondation des Treilles, etc., promues par l’Association des Amis d’André Gide et la Fondation Catherine Gide, répondent à l’exigence constante d’interroger l’œuvre de Gide. Le colloque interdisciplinaire André Gide et le théâtre. Un parcours à re-tracer se veut une tentative de répondre à quelques-unes des questions soulevées par Jean Claude, et indique clairement au moins deux domaines d’investigation : « De fait, si l’on veut étudier les rapports de Gide avec le théâtre, c’est toute la question de la double existence de l’œuvre dramatique qui intervient : son existence littéraire et son existence scénique. Il importe de savoir comment l’écrivain a envisagé cette double existence, d’analyser les contradictions que cet aspect a pu entraîner dans ses jugements, comment elles ont été vécues et éventuellement résolues. »

Les idées de Gide sur le théâtre ne se retrouvent pas seulement dans son écriture dramatique, mais également dans ses échanges avec des hommes de théâtre comme Jacques Copeau, Jean-Louis Barrault, Charles Dullin, Aurélien Lugné-Poe, Jean Mercure, Jean Vilar etc. En filtrant sa correspondance et son Journal à l’occasion de ses plongées dans l’art dramatique, on distingue autant le désir d’arriver à avoir une place dans la dramaturgie de son temps que celui de faire entendre et voir son monde théâtral. Et si l’on relit le Journal à propos de son Œdipe : « Ce n’est pas l’émotion qui m’importe et que je cherche à obtenir : c’est à votre intelligence que je m’adresse. Je me propose, non de vous faire frémir ou pleurer, mais de vous faire réfléchir », ne peut-on pas affirmer, a posteriori, qu’il s’agit, plus que d’un théâtre littéraire, d’un théâtre qui évoque et qui anticipe en France celui de Brecht ?

On reproche à Gide l’absence de succès de Saül, nonobstant l’apport de Copeau et, comme il dira lui-même à Barrault d’avoir « jeté [son] filet trop bas » concernant sa pièce sociale Robert ou l’intérêt général. À cela, on peut répondre qu’il a même obtenu des résultats aux guichets avec les mises en scène de George s Pitoëff et Vilar pour Œdipe respectivement en 1932 et 1951 et avec Barrault qui a monté sa traduction d’Hamlet en 1946, et leur adaptation du Procès de Kafka au Théâtre Marigny en 1947.

Enjeux

L’ambition de cette rencontre, rendue possible grâce au soutien de la Fondation Catherine Gide et de son président, Peter Schnyder, mais également de la Maison d’Espagne, du Département des arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France, du groupe de recherche E.S.T. – Études sur le théâtre et de l’Institut de recherche en langues et littératures européennes (ILLE EA 4363), est celle d’inviter les chercheurs à centrer leur attention sur le travail de Gide au théâtre, pour susciter une nouvelle vague de réflexions. On pourra envisager de traiter le sujet sous les angles suivants :

- Écrire pour la scène : Les rapports de Gide avec les metteurs en scène de son temps ; les spectacles non réalisés.

- Gide exécuteur et non créateur : Selon Gide, constamment à la recherche du bon sujet, pour écrire un drame, le sujet devrait être proposé par autrui.

- L’ambition moderniste : Recherches de Gide pour une « pièce moderne », une « pièce sans toges » comme le reporte la Petite Dame (cf. Cahier A. Gide 5, 28 février 1932).

- Les projets inachevés : Les projets inachevées de pièces (Arden of Feversham, Faust, Prométhée).

- Traduction et adaptation : Gide traducteur (Amal, La Lettre du roi, Antoine et Cléopâtre, Hamlet) et adaptateur (Les Caves du Vatican, Le Procès).

- Les mise en scène des pièces de Gide en France et à l’étranger.

- Gide et les comédiens de son temps.

- Le monde théâtral de Gide à travers sa correspondance et son Journal.

Les propositions (1500 signes, espaces compris) comporteront un titre et un résumé ainsi que des mots-clés. Elles seront accompagnées d'une brève biobibliographie de l'auteur et devront parvenir en format Word et PDF par courrier électronique à Vincenzo Mazza (vincenzo.mazza@etudes-sur-le-theatre.fr) et à gide.theatre@gmail.com avant le 15 avril 2017. Une réponse aux auteurs sera donnée courant mai.

Comité scientifique : Jean Claude (Université de Lorraine) ; Pierre Masson (Université de Nantes) ; Vincenzo Mazza (Université Paris Ouest-Nanterre) ; Pierre-Louis Rey (Université Sorbonne Nouvelle) ; Peter Schnyder (Université de Université de Haute-Alsace) ; Jean-Michel Wittmann (Université de Lorraine) ; David H. Walker (Université de Sheffield).

Organisation : Fondation Catherine Gide et E.S.T. – Études sur le théâtre.

Coordination : Vincenzo Mazza (Université Paris Ouest-Nanterre), Martina Della Casa (Université de Haute-Alsace)

Les frais de participation s’élèvent à 30 euros. Les organisateurs prennent en charge les pauses-café et la publication des actes.

Renseignements : gide.theatre@gmail.com

Le colloque André Gide et le théâtre. Un parcours à re-tracer est soutenu par : 
                                  
www.fondation-catherine-gide.org 
www.etudes-sur-le-theatre.fr                      
www.bnf.fr                                                        
http://www.colesp.org                                                
http://www.ille.uha.fr

samedi 7 janvier 2017

Tombes Gide à Uzès : du nouveau


 Tombes de la famille Gide à Uzès (voir leur état en 2011 dans cet ancien billet)

Le précédent billet sur le triste état des tombes Gide à Uzès a reçu près de 13 000 visites en quelques jours, preuve que ces pauvres pierres martyrisées intéressent encore à Uzès et dans le monde entier.

Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont partagé notre indignation, mêlée d'incompréhension et de découragement puisque tout le monde pensait que ces enfants d'Uzès trouveraient enfin à nouveau le repos qu'on dit éternel, suite aux engagements pris en 2011 (voir par exemple cet article du Nouvel Obs).

Des nouvelles récentes nous sont parvenues d'Uzès : un descendant de Charles Gide s'est manifesté pour engager les travaux nécessaires. Il devrait avoir pour cela le soutien financier des très actifs Amis du Musée d'Uzès où le souvenir des Gide reste bien présent.

On pourra bien évidemment compter sur notre vigilance pour que, cette fois, les promesses ne soient pas enterrées...


 Tombes des grands-parents d'André Gide, Uzès, 2016

Du côté de chez Wilde

 
http://societeoscarwilde.fr/rue-des-beaux-arts-numero-58/
 Rue des Beaux Arts n°58

Le numéro 58 de Rue des Beaux Arts, le bulletin trimestriel de la Société Oscar Wilde, vient de paraître. Alors qu'il ne reste plus que quelques jours pour voir l'exposition, au Petit Palais, à Wilde consacrée, cette publication permet d'en faire une visite virtuelle, autour des éléments emblématiques de la scénographie, ou à la suite des membres de la Société qui en font le compte-rendu.

Dans ce même numéro signalons également la parution de la première partie d'une étude de David Charles-Rose intitulée Quelques considérations sur les échanges entre Oscar Wilde et André Gide, traduite de l'anglais par Danielle Guérin-Rose. S'appuyant sur les successives versions du témoignage de Gide, et de leur évolution lors des différentes traductions vers l'anglais, l'auteur tente de mieux comprendre ce que Wilde explique à Gide — ou ce que Gide entend, croit entendre — sur le génie de vivre et le talent d'écrire...

Comme tous les numéros de Rue des Beaux Arts, celui-ci est à lire en intégralité et gratuitement sur le site de l'association.

vendredi 30 décembre 2016

Souvenirs d'Adrienne Monnier


« Rencontré Paul Valéry chez Adrienne Monnier. » (Journal, 30 décembre 1922). Gide, comme à peu près tous les écrivains de son temps, était un habitué de la Maison des amis des livres, librairie et bibliothèque de prêt ouverte le 15 novembre 1915 par Adrienne Monnier. Paul Fort, Pascal Pia, Jules Romains, Léon-Paul Fargue, Louis Aragon et André Breton comptent parmi les premiers abonnés, bientôt rejoints par André Gide, Paul Valéry, Valéry Larbaud, André Salmon, Max Jacob, Pierre Reverdy, Blaise Cendrars, Jean Paulhan, Tristan Tzara, Jean Cassou... Fin 1920, la librairie a 580 abonnés et en 1926 elle compte 18 400 volumes.

Comme on le lira plus bas dans une transcription d'extraits des entretiens données par Adrienne Monnier à la Chaîne Parisienne en 1947, c'est en 1917 que Gide franchit pour la première fois le seuil de « la Maison ». Mais dès 1916, Adrienne Monnier avait écrit à Gide pour lui demander un exemplaire des Nourritures terrestres pour sa bibliothèque de prêt. Gide participera assez rapidement aux « séances », des soirées de conférences, lectures, mais aussi parfois concerts, donnés dans la librairie.

Des soirées pas toujours à son goût, car si Adrienne Monnier loue son talent de lecteur, Gide semble avoir plus de mal avec certaines lectures, comme le révèle les passages des Cahiers de la Petite Dame :

« Nous allons chez Mlle Monnier, à une conférence que Valéry [sic] Larbaud donne sur Samuel Butler. […] La conférence de Larbaud est charmante et ingénieuse (comparaison avec Épicure), mais elle est suivie d'une interminable et languissante lecture. Gide, impatienté, me fait des signes désespérés et nous sortons avant la fin. »

Une soirée consacrée à Jean Schlumberger, en mai 1931, sera plus réussie... Mais la Petite Dame ne semble pas porter la libraire dans on cœur : « Les discours d'Adrienne Monnier sur la sincérité, qu'un instant après sa conduite dément devant nous, sont d'une belle impudeur. », note-t-elle sans concession le 8 novembre 1932. On sait enfin que Gide faisait partie des soutiens de la première heure lors de la souscription à l'édition de la traduction de l'Ulysse de Joyce, lancée par Sylvia Beach et Adrienne Monnier.


 Adrienne Monnier devant sa librairie de la rue de l'Odéon


L'incroyable foyer littéraire de la rue de l'Odéon revivait il y a quelques jours grâce à la rediffusion des entretiens d'Adrienne Monnier sur France Culture. Consignons ici les passages concernant Gide :

— Vous nous avez raconté, Mademoiselle, comment vous aviez connu Léon-Paul Fargues, Breton, Apollinaire... Nous en étions restés je crois en 1916. Est-ce à cette époque que vous avez connu Gide ?

— J'ai dû le connaître un peu plus tard, au début de 1917. Je lui avais écrit en 16 déjà. Je lui avais écrit en 16 parce que la bibliothèque de prêt que j'avais fondée, qui fonctionnait déjà assez bien, ne possédait pas les Nourritures terrestres. Ce qui me semblait une lacune terrible. Alors je lui avais écrit pour lui demander s'il voulait bien en donner un exemplaire à ma bibliothèque, que ce n'était pas pour moi mais pour les jeunes qui venaient à la Maison. Il m'avait répondu qu'il était fort surpris d'apprendre que c'était épuisé, il n'en revenait pas, d'ailleurs il n'était pas à Paris à ce moment-là, il était à Cuverville. Et j'ai dû le voir au début de 17, un peu avant Valéry qui est venu au printemps 17, fin avril je crois, un peu avant la parution de la Jeune Parque. Et nous avons tout de suite... Enfin Gide également a joué un très, très grand rôle à la Maison, mais un rôle peu familier au début, naturellement. C'était un maître, un maître très respecté, qui a d'ailleurs toujours été pour nous d'une gentillesse étonnante et qui nous a aidé à faire des séances, qui a fait des lectures. Il lit d'une façon merveilleuse comme vous le savez. Il a lu des poèmes de Valéry à la Maison, de Fargues, enfin nous parlerons de ces séances tout à l'heure un peu plus longuement.

[…]

— Parlez-moi un peu de ces fameuses séances, Mademoiselle.

Eh bien je vous ai déjà touché deux mots de la grande séance Claudel organisée au Gymnase, mais les séances que j'aimais beaucoup et que les gens aimaient beaucoup, c'était celles qui avaient lieu à la librairie. Naturellement on étouffait car on était empilé dans cette petite librairie que vous connaissez bien, on était facilement 150. Enfin il y a eu des choses historiques, on peut le dire. Par exemple Romains nous a lu en 17, ça a été la première séance, son poème Europe.

Il y a eu en 18 une séance Fargues avec Ricardo Viñes le grand pianiste qui jouait des morceaux de musique choisis par lui qui étaient ravissants, du Debussy, du Ravel et puis Jean Lionel qui lisait des poèmes, et Fargues et moi aussi d'ailleurs.

Maintenant, qu'est-ce que nous avons eu d'important ? Il y a eu le Socrate de Satie [ndr : le 21 mars 1919] avec Suzanne Balguerie et l'auteur, et Cocteau qui avait fait une présentation. A cette séance, comme chacun sait, étaient présents Claudel, Gide et Jammes.

La première séance Paul Valéry a eu lieu en avril 19. Et là Gide lisait, c'est là qu'il a lu La Pythie de cette façon absolument épatante, il l'avait d'ailleurs dactylographiée, elle n'avait pas paru. Fargues lisait aussi, André Breton, moi-même. Et Fargues avait fait au début un petite causerie très intéressante où il rappelait l'élite à ses devoirs.

Il y a eu une deuxième séance Fargues en mai, qui était également tout à fait mémorable puisque Réjane, la grande Réjane est venue lire les vers de Fargues. C'est là qu'elle a lu Aeternae Memoriae Patris , ce magnifique poème, qu'elle a lu d'une façon tellement simple, tellement émouvante et certainement moins actrice que nous amateurs. La encore Gide a lu, Francis de Miomandre, d'une façon charmante, Jacques Porel.

(Extraits des Entretiens avec Adrienne Monnier, premières diffusions les 28, 30 mai, 4 et 6 juin 1947 sur la Chaîne Parisienne, rediffusés le 17 décembre 2016 sur France Culture)